Santé en 2019 : espoirs et progrès médicaux

actualité CRPCEN

Depuis 2004, la CRPCEN alloue des subventions à des programmes de recherche dans le cadre de ses crédits d’action sociale. Jusqu’en 2016, la Caisse a ainsi soutenu deux projets de recherches fondamentales : l’un porté par le Collège de France sur la maladie d’Alzheimer et l’autre au sein de l’Institut Pasteur sur des recherches sur le cancer de la vessie. Ces programmes ont des retombées thérapeutiques à long terme, ils n’ont pas vocation à déboucher sur des applications immédiates mais peuvent donner lieu à de nouvelles stratégies de soins.

Depuis 2016, la stratégie CRPCEN de soutien à la recherche s’est élargie. En effet, elle poursuit l’appui à la recherche fondamentale sur les maladies neurodégénératives avec le programme sur la maladie de Parkinson dirigé par le Docteur VENANCE au Collège de France mais elle s’attache aussi à financer des productions appliquées qui peuvent aboutir à des débouchés très concrets et à court terme. Par exemple, le projet DIVA porté par l’équipe de Jean- Baptiste MASSON de l’Institut Pasteur, a pour but de développer des lunettes connectées. Utilisées par le chirurgien lors d’opérations du cancer du sein ou du foie, elles lui permettent de visualiser pendant l’opération l’ensemble des IRM, scanners et autres imageries afin de réaliser des actes plus précis.

Enfin, la recherche médicale n’est pas la seule à pouvoir apporter des améliorations dans la prise en charge des malades. C’est pourquoi la CRPCEN attribue également des crédits à un projet de recherche interventionnelle en sciences humaines. Ainsi, le programme FAciliter et Soutenir le retour au TRAvail après un Cancer du Sein (FASTRACS) du Docteur FASSIER cofinancé avec l’Institut National du Cancer (INCa), vise à faciliter le maintien ou la reprise d’activité professionnelle pour les personnes concernées. L’action directe sur l’environnement des malades peut améliorer leur prise en charge et leur quotidien.

 

Certaines innovations prometteuses sont déjà testées ou utilisées et plusieurs d’entre elles vont révolutionner la médecine et changer la vie de nombreux malades ces prochaines années. C’est ainsi que nous avons posé quelques questions aux Professeurs Yann PARC et Éric RENARD.

 

Éric RENARD

Le Professeur Éric RENARD dirige le département d’endocrinologie, diabète, nutrition du CHU de Montpellier. Il est mondialement reconnu dans le développement de nouvelles thérapies pour aider les patients atteints de diabète. Il a ainsi notamment coordonné plusieurs essais cliniques de pancréas artificiels. Il s’agit d’une avancée considérable pour les patients diabétiques traités par l’insuline.

 

Combien de personnes seraient concernées par le diabète en France ?

En France, 5 % de la population est concernée par le diabète, soit environ 3 millions de personnes. Il s’agit dans notre pays majoritairement d’un diabète de type 2 lié notamment à des facteurs héréditaires, à la sédentarité et à l’obésité. Le diabète de type 1, quant à lui, est une maladie auto-immune et concerne 8 % de la population atteinte de diabète. Il est généralement découvert chez des personnes jeunes : enfants, adolescents, jeunes adultes. La population d’Europe du nord est davantage concernée par le diabète de type 1 que celle d’Europe du sud.

Comment fonctionne le pancréas artificiel ?

Le pancréas artificiel concerne principalement le diabète de type 1 où l’insuline n’est quasiment plus produite. Cette pathologie a pour conséquence la nécessité d’un apport permanent d’insuline pour maintenir le taux de sucre dans le sang (glycémie) à un niveau proche de la normale. La difficulté au quotidien est de choisir les doses adéquates d’insuline en fonction des variations de la glycémie qui sont occasionnées par de très nombreux facteurs.

Le pancréas artificiel ajuste la délivrance d’insuline par une petite pompe de façon automatisée selon le niveau de glycémie mesuré en continu. Le cerveau du système est un programme informatique sophistiqué (algorithme) qui prend la forme d’une application pour smartphone auquel sont connectés sans fil un capteur de glucose qui mesure la glycémie au niveau de la peau et une mini-pompe qui perfuse l’insuline. L’application peut aussi être mise en place dans l’électronique de certaines pompes auxquelles est connecté le dispositif de mesure du glucose.

Quels sont les avantages du pancréas artificiel ?

Avec le pancréas artificiel, l’algorithme va prendre en charge le contrôle de la glycémie selon la prédiction de son évolution. Cette technologie réduit considérablement la charge pour le patient ainsi que le risque de déviation de la glycémie en dehors de la zone de normalité.

Un modèle de pancréas artificiel est aujourd’hui utilisé depuis un peu plus d’un an aux États-Unis, et d’autres modèles sont expérimentés dans de nombreux pays d’Europe et en France, en particulier dans plusieurs unités pédiatriques telles que les CHU de Montpellier, Angers, Tours ou encore l’hôpital Robert Debré à Paris.

Une fois appareillés, les patients sont libérés de leurs injections multi-quotidiennes d’insuline, de la mesure de leur glycémie en se piquant le doigt plusieurs fois par jour, et surtout des décisions à prendre concernant les doses d’insuline.

De quels retours disposez-vous quant à l’utilisation du pancréas artificiel ?

Le pancréas artificiel est apprécié des patients car l’équilibre glycémique est meilleur, notamment la nuit où le système agit – comme cela est également le cas en dehors des repas – en automatique. Cela apporte un réel confort aux patients mais aussi aux familles d’enfants atteints de diabète qui redoutent moins une situation d’hypoglycémie grave, nocturne notamment. Le patient doit toutefois intervenir au moment des repas ou lors de la pratique d’une activité physique en informant le système afin d’anticiper la délivrance de l’insuline. La charge thérapeutique est cependant considérablement allégée et le contrôle facilité.

Aujourd’hui, les modèles les plus avancés sont discrets et peu encombrants : la taille de l’émetteur du capteur est comparable à celle d’une pièce de deux euros et celle de la pompe à insuline munie d’un cathéter mesure environ 3 X 5 cm. Ces deux éléments sont placés sur la peau du ventre : il s’agit d’une solution intégrée et discrète.

Quel avenir pour le pancréas artificiel ?

L’évolution de la science va dans le sens du pancréas artificiel et progressivement l’algorithme va offrir davantage de confort pour le patient en s’améliorant lui-même par l’intelligence artificielle. Une des limites de cette nouvelle technologie médicale est d’accepter d’avoir un système sur soi. Toutefois, les appareils vont devenir de plus en plus miniaturisés et de plus en plus automatisés avec le temps… donc de moins en moins contraignants pour les patients.

 

Le cancer colorectal est le deuxième cancer le plus fréquent dans le monde. En France, il concerne chaque année près de 50 000 personnes et c’est un des trois cancers les plus meurtriers. Les cancers colorectaux touchent le rectum (20 %) et le côlon (80 %). L’âge moyen de survenue de ce type de cancer est 66 ans. Toutefois, il peut se développer chez des patients plus jeunes. Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés : les antécédents familiaux avec notamment des maladies héréditaires qui prédisposent à la survenue de ce type de cancer et les maladies inflammatoires de l’intestin. L’alimentation, finalement, si elle joue un rôle, serait bien moins déterminante que ces deux facteurs.

Yann PARC

Seulement 5 % des cancers colorectaux sont associés à une forme familiale de transmission héréditaire. Toutefois, avec cette connaissance, il est possible de prévenir la survenue de cancers chez ces patients et d’espérer des guérisons de ces cancers dans de bonnes conditions.

Nous nous sommes entretenus avec le Professeur Yann PARC, chirurgien général et digestif à l’hôpital Saint-Antoine qui a accepté de nous en dire davantage sur ces avancées médicales.

 

Comment se forment les cellules cancéreuses ?

La transformation d’une cellule saine en une cellule cancéreuse passe par l’accumulation de plusieurs lésions dans l’ADN des cellules. Alors que les cellules saines se multiplient de manière contrôlée, les cellules cancéreuses échappent à tout contrôle.

Une cellule saine est programmée pour se multiplier un nombre de fois défini, réparer les cellules endommagées et mourir si elles se sont divisées un trop grand nombre de fois ou si elles présentent des altérations irréparables.

À l’inverse les cellules cancéreuses fonctionnent de manière anarchique et peuvent se diviser à l’infini. C’est ainsi que ces cellules défaillantes vont se multiplier en échappant aux mécanismes de contrôle. Il existe plusieurs voies pour qu’une cellule devienne une cellule tumorale. Dans le cas des cancers du côlon, au moins deux voies ont été identifiées. Celle lié à un défaut de réparation de l’ADN est celle qui nous intéresse tout particulièrement actuellement. En effet, elle explique les formes familiales dites « HNPCC » ou syndrome de Lynch et entraîne la formation de tumeur dites MSI pour lesquelles de nouveaux traitements sont disponibles.

Professeur PARC, vous avez travaillé sur le diagnostic et le suivi des formes familiales de cancers colorectaux. Pourriez-vous nous en dire davantage ?

Certaines personnes naissent avec une anomalie dans leur patrimoine génétique, transmises par leurs parents. Ces personnes ont un risque plus important de développer un cancer.

Rapidement, on a identifié que dans certaines familles il y avait davantage de cancers colorectaux que dans d’autres. Aujourd’hui, nous savons que 20 % des personnes qui ont un cancer colorectal ont un antécédent familial de cancer colorectal.

Désormais, nous sommes en mesure de proposer un dépistage génétique aux personnes qui présentent un cancer du côlon. En effet, lors de l’analyse de leur tumeur au microscope, il est possible de rechercher des signes qui nous orientent vers une possible maladie prédisposant aux cancers colorectaux de transmission héréditaire. Quand nous identifions ces signes, nous pouvons faire le diagnostic de ces maladies à l’aide d’une prise de sang et d’une analyse des gênes.

Ensuite, il est possible de rechercher l’anomalie identifiée (mutation) chez les apparentés. Les parents identifiés comme porteur de la mutation peuvent alors faire l’objet d’une surveillance particulière et ainsi voir diminuer de façon considérable leur risque de développer un cancer.

On entend beaucoup parler de l’immunothérapie ? De quoi s’agit-il ? Quelles avancées propose-t-elle pour le cancer du côlon ?

L’immunothérapie est une piste importante. Il s’agit d’un traitement qui vise à aider les défenses immunitaires de l’organisme afin de lutter contre les cellules cancéreuses.

Concernant les cancers colorectaux, nous savons aujourd’hui que les tumeurs microsatellites instables (MSI) représentent 10 à 15 % des cas. Elles possèdent des caractéristiques bien particulières et réagissent favorablement à l’immunothérapie. Ce traitement est actuellement réservé aux cas les plus graves et se fait à l’aide d’injections.

Les résultats que nous observons sont très encourageants et l’immunothérapie offre de réels espoirs de rémission chez de nombreux patients. Nous sommes confiants et pensons que dans les cinq prochaines années, les traitements par immunothérapie pour les cancers du côlon MSI auront reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM).

Partenariat avec l’INCA – Projet FASTRACS : FACILITER LE RETOUR AU TRAVAIL APRÈS UN CANCER DU SEIN

Le projet FASTRACS a pour objectifs de développer, implanter et évaluer une intervention pour faciliter le retour au travail et le maintien dans l’emploi après un cancer du sein. Il a aussi pour objectif d’améliorer la qualité de vie au travail et de réduire les inégalités sociales devant l’emploi après un cancer du sein.

L’an dernier, la première phase du projet FASTRACS, dirigée par le Docteur FASSIER, s’est achevée. Les prochaines étapes du projet seront axées autour du déploiement d’une étude pilote qui commencera dès le 2e semestre 2019. Le démarrage de l’étude clinique d’évaluation des effets et du processus de l’intervention est, quant à lui, programmé entre 2019-2021.

 

Partenariat avec l'Institut Pasteur : LES LUNETTES 3D DIVA : réalité virtuelle et augmentée pour mieux préparer les chirurgies du cancer

DIVA est une plateforme qui intègre des données provenant par exemple d’IRM ou de scanners d’un patient souffrant d’un cancer. Cet outil crée des représentations en réalité virtuelle d’images médicales (environnement de la tumeur, morphologie, cartographie 3D des vaisseaux autour de la zone à opérer…) et permettra une communication immédiate et une interaction intuitive des informations clés entre radiologues et chirurgiens.

Grâce à des lunettes spécialisées, le praticien visualisera des images générées par DIVA et une manette lui permettra d’interagir avec elles. Cette solution est actuellement en phase exploratoire et les travaux de recherches sont menés par Mohamed EL BEHEIRY et Jean-Baptiste MASSON depuis 2017.

La plateforme logicielle DIVA va nous permettre de préparer l’acte chirurgical bien plus finement qu’avec les scanners et autres imageries.  La plateforme peut être utile dans de nombreux autres domaines. Elle est par exemple déjà utilisée quotidiennement à l’Institut Pasteur et permet aux scientifiques de mieux visualiser les images de microscopies. L’hôpital Curie exploite également DIVA notamment en amont d’opération chirurgicale afin de mieux visualiser une tumeur cancéreuse.

 

Partenariat avec le Collège de France : RECHERCHES SUR LA MALADIE DE PARKINSON

Contre la maladie de Parkinson, la stimulation cérébrale profonde représente une alternative chirurgicale efficace lorsque les traitements pharmacologiques ont cessé de fonctionner. Toutefois, ce traitement ne bénéficie qu’à 8 % des malades en raison de critères d’éligibilité stricts liés à son caractère invasif.

L’équipe du Docteur Laurent VENANCE cherche aujourd’hui à proposer une alternative thérapeutique moins invasive et tout aussi efficace qui pourrait profiter à un plus grand nombre de patients.

Récemment ces chercheurs ont mis en évidence une nouvelle cible cellulaire plus accessible car localisée dans les couches superficielles du cerveau : les interneurones inhibiteurs situés dans le cortex moteur. Depuis, cette équipe tente de contrôler l’activité de ces interneurones inhibiteurs par la lumière : il s’agit de l’optogénétique.

Dans l’immédiat, les tests sont réalisés sur des rongeurs mais les résultats pourraient être ultérieurement transposés en clinique humaine.

 

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